Le tabagisme en Wallonie

 

Question écrite du 13/07/2017

  • de DUFRANE Anthony
  • à PREVOT Maxime, Ministre des Travaux publics, de la Santé, de l’Action sociale et du Patrimoine

La Commission européenne vient de publier un rapport relatif aux comportements des Européens vis-à-vis du tabac. Cette enquête avance que 17 % des Belges fument au quotidien avec, en moyenne, 13 cigarettes par jour. Or, nous le savons, la lutte contre le tabagisme est un enjeu de santé publique important pour la Wallonie.

Monsieur le Ministre a-t-il pris connaissance de cette étude et dispose-t-il de conclusions plus spécifiques à la Wallonie ? Dans le cadre de la lutte contre le tabagisme, quelles pistes ambitionne-t-il afin de lutter contre ce phénomène ? Qu’en est-il des négociations relatives au plan fédéral antitabac ?

 

Réponse du 28/07/2017

  • de PREVOT Maxime

L’étude européenne à laquelle l’honorable membre fait référence portait sur un échantillon de 1.023 Belges. Elle montre en effet que 17 % des Belges fument quotidiennement, ce qui nous place au 25e rang des pays européens. Cette proportion de fumeurs est en diminution de 6 points par rapport à l’enquête 2014 (Eurobaromètre 2014). Le nombre de cigarettes fumées quotidiennement par les fumeurs habituels est de 13 cigarettes par jour, ce qui nous place à ce niveau au 17e rang des pays européens. En Wallonie, l’Enquête de santé par interview de 2013 montre qu’un Wallon sur cinq de plus de 15 ans fume quotidiennement (21,5 %). C’est plus qu’en Flandre et à Bruxelles. Les hommes sont plus nombreux que les femmes à déclarer fumer quotidiennement (24 % des hommes et 19 % des femmes). Au-delà de 65 ans, la proportion de fumeurs quotidiens est inférieure à celle des autres tranches d’âge.

Cependant, le taux de fumeurs en Belgique diminue petit à petit (19 % de fumeurs quotidiens en 2014), ce qui pourrait être le résultat d’une politique anti-tabac efficace.

Depuis 2004, la Wallonie s’est dotée d’un Groupe de structures actives en matière de lutte contre le tabagisme. Ce Groupe, baptisé « Plan wallon sans tabac », mobilise des professionnels afin d’améliorer l’accessibilité et la proximité des aides en matière de gestion du tabagisme. De nombreuses actions sont mises en œuvre par les membres de ce groupe, depuis la ligne « Tabacstop » diffusée sur tout le territoire aux actions ciblées dans des écoles, des hôpitaux psychiatriques ou parmi des personnes sans emploi.

Parmi les actions récentes, des acteurs du Plan wallon sans tabac cherchent maintenant à atteindre les relais et décideurs communaux, notamment les CPAS, les plans de Cohésion Sociale et les services de prévention. L’objectif est la création d’environnements favorables à la santé, l’offre d’un soutien aux professionnels de la santé et du social désireux de s’impliquer, tout en visant le renforcement de l’action communautaire. L’accent y est souvent mis sur les populations à faible statut socio-économique, car elles sont nettement plus touchées par cette addiction.

La mobilisation accrue des professionnels intervenant dans les différents milieux de vie permet d’utiliser l’environnement comme un levier pour soutenir des comportements favorables à la santé. En effet, pour certains groupes de population, la capacité de décision d’un individu peut être limitée par ses conditions de vie et entravée par l’effet de l’environnement. Dans ces actions, le but est de renforcer la responsabilisation sociale, en travaillant sur les représentations, en développant l’esprit critique et la liberté de choix.

Les actions du Plan wallon sans tabac existent depuis de nombreuses années. Pour pouvoir suivre la réalisation des actions, les membres du Plan wallon sans tabac finalisent, à ma demande, un plan d’action très concret, décliné en objectifs, objectifs opérationnels, actions et indicateurs. Ce plan sans tabac est en bonne voie et il sera disponible fin 2017.

Ce Plan wallon sans tabac va être associé à mon Plan de Prévention et de Promotion de la Santé en Wallonie qui est dans sa phase d’opérationnalisation. Le Plan de prévention intègre en effet dans ses objectifs stratégiques la diminution du tabagisme et, plus précisément, la promotion de la cessation tabagique chez les jeunes et les adultes, la protection ainsi que la prévention de l’initiation tabagique et de la vape chez les jeunes ainsi que la protection des (non-)fumeurs de l’exposition à la fumée de tabac ou de vape.

Pourtant, pour être efficaces, les actions de la Région wallonne devraient être épaulées par des actions du Gouvernement fédéral destinées à limiter l’offre de tabac. À ce niveau, les partenaires du dispositif wallon insistent auprès du Fédéral pour la mise en œuvre des mesures prévues par la Convention-Cadre de l’OMS pour la lutte antitabac. Cette convention a été ratifiée par la Belgique en 2005 ainsi que l’Union européenne elle-même en 2005 également.

Afin de réduire la demande de tabac, les parties prenantes s’engagent à mettre en place des mesures, telles que l’éducation, la communication, la formation et la sensibilisation du public.

En plus des mesures développées par la Wallonie, voici plusieurs revendications de cette convention-cadre, portées par les membres du Plan wallon sans tabac, sont les suivantes :
– l’interdiction totale de la publicité du tabac dans et sur la devanture des points de vente ;
– l’introduction du paquet neutre pour tous les produits du tabac ;
– une augmentation significative du prix du tabac manufacturé et un alignement de la fiscalité du tabac à rouler ;
– l’introduction d’une loi renforçant la protection des enfants de la fumée de tabac en voiture ;
– une réduction au maximum des contacts avec l’industrie du tabac de la part des administrations et des décideurs politiques, et ce dans une totale transparence. L’histoire a en effet démontré que la puissante industrie du tabac n’hésitait pas à manipuler les pouvoirs publics.

Pour l’instant, aucune négociation n’est prévue avec les entités fédérées sur le plan fédéral antitabac. Celui-ci a été présenté en 2016 aux membres de la Cellule générale de politique en matière de drogues, un Intercabinets réunissant le Gouvernement fédéral et les entités fédérées, mais il n’y a pas eu de négociation.

Les coûts du tabagisme pour les économies nationales et régionales sont considérables en raison des coûts accrus des soins de santé et de la baisse de la productivité. En outre, le tabagisme aggrave les inégalités en santé et la pauvreté, car les personnes les moins favorisées consacrent moins de ressources aux besoins essentiels tels que les denrées alimentaires, l’éducation et les soins de santé.

C’est pourquoi la Wallonie mène, et continuera de mener à l’avenir, une lutte contre le tabagisme, une drogue particulièrement addictive et nocive.