Cellule anti-terrorisme

Question posée par Monsieur le Conseiller Anthony Dufrane

Selon un article paru dans la Nouvelle Gazette, les belges et plus particulièrement les wallons, seraient à la traine concernant la création de cellules anti-terroristes.

En effet, lancées depuis 2015, les CSIL (Cellule de sécurité intégrale locale) consistent à lutter contre le radicalisme et les combattants étrangers.

Le principe a pour but de favoriser les échanges entre les services sociaux (CPAS), les services de prévention comme les éducateurs de rue et les maisons de jeunes, les polices locales et les autorités administratives. L’idée est de pouvoir ainsi mettre en évidence des profils à risque, des actes et des discours incitant à la haine ou au radicalisme. Ces cellules sont censées se réunir une fois par mois en présence du bourgmestre pour échanger leurs informations.

Les futurs terroristes potentiels sont très difficiles à détecter. C’est pour cela qu’il est important que les communes se munissent le plus rapidement possible de cette cellule de sécurité intégrale et locale car à l’heure actuelle, seulement 20% des communes wallonnes possède une CSIL.

Monsieur le Bourgmestre, que pensez-vous de cette cellule de sécurité mise en place ? En existe t-il déjà une pour la commune de Charleroi ? Au jour d’aujourd’hui, les attentats deviennent de plus en plus fréquents. Ne serait-il alors pas nécessaire d’instaurer une cellule anti-terrorisme dans notre ville si cela n’est pas déjà le cas ? Pour le bien-être et la sécurité de nos citoyens, il est essentiel de mettre en place ce genre d’initiative. Par ailleurs, pensez-vous à un autre moyen de sécurité que les cellules anti-terroristes afin de contrer les attentats ?

 

Réponse de Monsieur le Bourgmestre Paul Magnette

Le Collège communal de la Ville de Charleroi a approuvé la création de la Cellule de Sécurité Intégrale Locale (CSIL) en date du 1 décembre 2015. Charleroi est ainsi devenue l’une des premières communes wallonnes à avoir donné suite à la circulaire d’août 2015.

Cette cellule est effectivement présidée par le Bourgmestre.

Elle est composée d’un représentant du Cabinet du Bourgmestre, de deux représentants de la police locale, d’un représentant du Président du Centre Public de l’Action Sociale et de deux représentants de la Direction Prévention Sécurité de la Ville de Charleroi.

Telles que les textes sont rédigés, la CSIL est davantage un outil de gestion de l’information relatives aux « entités » (Foreign terrorist fighters / combattant terroriste étranger). Elle n’a pas pour vocation d’aborder le phénomène du radicalisme dans sa globalité.

C’est pourquoi, la Ville de Charleroi a également créé, suite à une décision du Collège communal datée également du 1 décembre 2015, une Plateforme de concertation Radicalisme. Celle-ci se veut plus large, dans sa composition, que la CSIL. Ainsi les établissements pénitentiaires, la maison de justice, des représentants de l’enseignement, de centres médicaux, de centres PMS, le CRIC,… se réunissent dans ce cadre avec les membres de la CSIL. L’objectif de la plateforme est de faciliter la concertation et l’échange d’information concernant la radicalisation violente et de favoriser des actions menées dans ce cadre tant au niveau prévention que répression.

Un référent radicalisme a également été engagé, depuis mai 2017, au sein de l’administration (Direction Prévention Sécurité) afin d’accueillir et d’informer toute personne concernée par le radicalisme, de réaliser des animations collectives, de développer un réseau spécifique dans un cadre de prévention primaire, secondaire et tertiaire.

En la matière, les projets terminées ou en cours sont les suivants :

  • Juin 2017 (clôturé) : Formation donnée par Corinne Torrekens, Docteure en Sciences politiques et sociales et directrice de Divercity, un groupe de conseil en sciences sociales et politiques lié à l’ULB. Mme Torrekens est revenue sur nombre de concepts entrant dans la compréhension de la radicalisation dont la place de l’idéologie et du religieux. Elle a recadré le phénomène dans l’histoire des violences politiques en Europe, nous a présenté son modèle intégré de profils « idéaux types » et abordé des groupes tels que DAESH. Les participants ont pu à tout moment interpeller Mme Torrekens sur les questions qui naissent entre autres de leur pratique professionnelle.
  • 2017 : « Appel à projets associatifs » : il semble indispensable d’impliquer les associations dans la prévention de la radicalisation, notamment celles qui œuvrent dans les champs de l’éducation, de la prévention, de la médiation sociale, du sport, de la santé et de la parentalité. Le développement d’actions à court, moyen et long terme qu’elles présenteront rencontre la volonté de la Ville de Charleroi de s’insérer dans une stratégie préventive, sociale et positive. Le budget IMPULS II permettra de retenir et de promouvoir cinq projets associatifs.
  • Juin/juillet 2017 : plan de communication : affiche et flyer présentant le nouveau service radicalisme sont à l’étude. Ceci dans le but de faire connaître au public et aux professionnels les missions du service et en quoi il peut les aider, les accompagner.
  • 26/10/2017 : Intervention/présentation de missions de la référente radicalisme à une journée d’études organisée par le Service de Santé Mentale de Montignies-sur-Sambre. Ce service s’occupe notamment de demandeurs d’asile, de réfugiés et d’ethnopsychiatrie. La journée s’adresse aux praticiens de 1ère ligne pour qui des questions liées au radicalisme se sont/seraient posées.
  • Dernier trimestre 2017 : rencontres supra-locales : la formule envisagée est celle de matinées introduisant une thématique suivies d’après-midi d’échanges entre professionnels. Les thématiques ne sont pas encore fixées mais elles pourraient figurer parmi les propositions suivantes : réseaux sociaux, genre, secret professionnel, etc.

 

Par ailleurs, j’ai demandé à la référente radicalisme de s’atteler à la rédaction d’un « plan radicalisme » qui permet à la Ville de se doter d’une stratégie préétablie en matière de prévention et de suivi du radicalisme et de replacer chaque action dans un cadre global plus large.

Dans ce plan, pourraient s’insérer, selon les axes stratégiques définis :

  • une formation destinée à renforcer la résistance des jeunes face aux discours trompeurs.
  • des matinées/après-midi trimestrielles d’échanges sur des thématiques répondant à des questionnements, à une actualité, à des besoins identifiés, le tout à destination préférentielle de professionnels de 1ère et 2ème ligne – formation continue.
  • Sensibilisation à la radicalisation d’une partie des agents de la Ville de Charleroi en contact avec le public.
  • Accompagnement du SPF Intérieur, et en particulier de la Team Mobile (anciennement Unité R) dans la conception du plan radicalisme de la Ville de Charleroi.